50% davortements non médicalisés dans le monde
Publiée à Londres, létude intitulée « Induced Abortion : Incidence and Trends Worldwide from 1995 to 2008 » (Lavortement provoqué: incidence et tendances mondiales entre 1995 et 2008) et menée par le Guttmacher Institute en collaboration avec lOrganisation mondiale de la Santé (OMS), montre que le taux mondial davortements, qui était de 28 pour 1.000 en 2008, est resté virtuellement inchangé depuis 2003.
Cependant, on a recensé 2,2 millions davortements supplémentaires en 2008 (43,8 millions) par rapport à 2003 (41,6 millions). Cette augmentation sexplique par la croissance de la population mondiale. Depuis 2003, le nombre davortements a diminué de 0,6 million dans les pays développés, mais il a augmenté de 2,8 millions dans les pays en voie de développement.
Selon un rapport de lOMS datant de mars 2011, lavortement non médicalisé est lune des trois principales causes de mortalité, avec les hémorragies et les infections contractées durant laccouchement.
« Le nombre davortements non médicalisés est passé de 19,7 millions en 2003 à 21,6 millions en 2008 », a déclaré à lagence IPS le Dr. Iqbal Shah du Département Santé et recherche génésiques de lOMS (Genève) et co-auteur de létude.
Selon lui, « à lorigine, ces chiffres ont grimpé à cause de labsence de corrélation entre la croissance de la population de femmes en âge de procréer (15-44 ans), une augmentation de la prise de contraceptifs et un meilleur accès à lavortement médicalisé ».
Il ajoute que « lon peut affirmer avec certitude que le taux davortements non médicalisés, de 14 pour 1.000 femmes (14-44 ans), na pas diminué entre 2003 et 2008 ».
Les chercheurs ont découvert quenviron 50% des avortements dans le monde relèvent de procédures non médicalisées et que la plupart dentre eux sont pratiqués dans les pays en voie de développement. Ces avortements « clandestins » mettent en danger la santé et la vie de millions de femmes et dadolescentes.
LOMS définit lavortement non médicalisé comme une interruption de grossesse pratiquée par un prestataire non qualifié et/ou dans des conditions sanitaires inappropriées.
Le Dr. Shah a également insisté sur le fait que la stagnation du taux davortements non médicalisés peut être expliquée par deux facteurs principaux : un taux de contraception qui reste faible et un accès encore difficile à lavortement médicalisé.
Létude indique néanmoins que certains pays tentent de sattaquer à ce problème, notamment en Afrique australe et dans le centre et le sud de lAsie.
Comme la expliqué à lagence IPS le Dr. Gilda Sedgh du Guttmacher Institute, co-auteur de létude, « De tous les pays en voie de développement, cest lAfrique du Sud qui pratique les avortements les plus sûrs ».
« Après que la législation na été libéralisée en 1997, de nombreux prestataires ont été formés à pratiquer les avortements et des services davortements ont été mis en place au sein des infrastructures publiques. Entre 1994 et 2000, le nombre de décès dus aux avortements non médicalisés a chuté de 90% ».
« Il est arrivé, entre 1995 et 2008, que le taux davortements en Afrique australe (région qui comprend en grande partie lAfrique du Sud) passe de 19 à 15 avortements pour 1.000 femmes âgées de 15 à 44 ans», ajoute le Dr. Sedgh. "LAfrique australe fait donc figure dexception avec le taux davortements le plus faible du continent. En outre, cest également dans cette région que le taux de contraception a augmenté le plus significativement, entre 1990 et 2009".
Lavortement reste un problème épineux et il est toujours illégal dans de nombreux pays en développement.
« Tant les partisans que les opposants à lavortement sont en faveur dune diminution du nombre davortements. Les parties prenantes dans ce débat pourraient aider à réduire le nombre davortements, quils soient médicalisés ou non, en adoptant des mesures qui assurent au femmes laccès aux services du planning familial afin quelle puissent éviter les grossesses non désirées ».
« Les études montrent que, pour être vraiment efficaces, ces services doivent non seulement fournir des contraceptifs, mais également des renseignements et des conseils afin daider les femmes à bien utiliser leur moyens de contraception », affirme également le Dr. Sedgh.
Interrogé sur limpact dun accès plus large aux contraceptifs sur la diminution du taux davortements, le Dr. Shah a déclaré « quun accès étendu aux moyens de contraception, et surtout aux méthodes modernes de contraception, est essentiel dans la diminution du taux davortements. Les pays dans lesquels on a recours aux méthodes de contraception modernes présentent des taux davortements des plus faibles ».
Il ajoute que « fournir aux plannings familiaux ces moyens de contraception modernes pour les femmes désirant arrêter davoir des enfants ou attendre avant den avoir peut réduire le taux davortements. Ces nouveaux contraceptifs peuvent également réduire de 90% le nombre de décès dus aux avortements non médicalisés ».
« Nos conclusions sur le taux davortements dans les sous régions ainsi que les estimations des Nations Unies sur les taux et les tendances de contraception sont autant de preuves selon lesquelles lutilisation de contraceptifs est lun des indices essentiels en ce qui concerne le taux davortements », a expliqué Sedgh à lagence IPS. « Lorsque lutilisation de contraceptifs est élevée, le taux davortement est faible ».
Dans leur rapport, les auteurs concluent que « les lois restrictives sur lavortement ne sont pas associées à des taux plus faibles ».
« La mise en place de mesures en vue de réduire la fréquence des grossesses non désirées et des avortements non médicalisés, comprenant des investissements dans les services de planning familial et les soins davortement médicalisé sont des étapes cruciales pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement ».
Les Dr. Beverly Winikoff et Wendy R. Sheldon du Gynuity Health Projects de New York ont declaré : « Létude démontre que cest précisément dans les endroits où lavortement est illégal quil doit être médicalisé. La communauté de santé publique ne sera pas en mesure de réduire le taux de mortalité et il est peu probable que nous atteignons les Objectifs du Millénaire pour le Développement tant que nous ne nous attaquerons pas sérieusement au problème de lavortement non médicalisé ».
« Ces derniers chiffres sont très alarmants. Les progrès fait dans les années 1990 sont aujourdhui en recul », a déploré lors dun communiqué le Dr. Richard Horton, éditeur de la revue médicale britannique, The Lancet, qui a publié létude.
Il a ajouté qu'« il est urgent que tous les pays ainsi que les organisations spécialisées en matière de santé, telles que lOMS, prennent les mesures nécessaires afin de réduire le nombre davortements ».
« La condamnation, la stigmatisation et la criminalisation de lavortement sont autant de stratégies cruelles et inefficaces. Il est temps maintenant daccueillir une démarche de santé publique qui mette un point dhonneur à diminuer la mortalité et qui entraîne dans son sillage des lois plus libérales sur lavortement », conclut le spécialiste.
(FIN/IPS/2012)


