Crise économique et sociale en vue au Kenya
Muchai Waruhui, un analyste économique à Nairobi, affirme que des millions de Kenyans ont eu une année économique difficile en 2011. Ils ont dû travailler de longues heures pour avoir de quoi manger en fin de journée tandis que le taux de chômage dans le pays a atteint les 40 % conduisant ainsi un grand nombre d'habitants au strict minimum vital dans les dépenses.
« Même quand vous travaillez, c'est difficile. Les salaires restent les mêmes mais l'inflation augmente fortement ».
Selon la Banque centrale du Kenya, le taux d'inflation dans le pays a augmenté de 3,84 % en une année pour atteindre les 18,91 % aujourd'hui. Cette augmentation est principalement due à l'augmentation du prix des denrées alimentaires et du carburant, une tendance qui est visible dans toute l'Afrique orientale.
La menace d'une crise est bien présente et les analystes prédisent une future agitation ouvrière dans le pays. Dans le secteur public, il y a déjà des mouvements de grèves.
Objectifs du Millénaire pour le Développement
Mais l'inflation actuelle n'est pas le seul problème du pays, estiment les économistes. Selon eux le pire est encore malheureusement à venir. Le Kenya est déjà en retard de trois ans sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) fixés par les Etats membres des Nations Unies en 2000 et les hypothèses indiquent que le pays ne pourra probablement atteindre ses objectifs pour la date limite.
Les OMD visent à améliorer les conditions de vie des habitants et accélérer le développement du pays. Dans les domaines socio-économiques, toutefois, le Kenya fait face à de sérieux défis en plus des troubles et de l'instabilité politique.
« L'un des objectifs consiste à éradiquer l'extrême pauvreté et la faim d'ici 2015 », explique Waruhui. « Mais au Kenya, comme dans d'autres pays africains, c'est le coût de la vie qui a augmenté à une vitesse extrême. »
En septembre 2011, 200.000 enseignants dans les écoles publiques ont lancé une grève pour attirer l'attention sur leurs mauvaises conditions de travail et sur leurs maigres niveaux de salaire. Après plusieurs rounds de négociations avec le gouvernement, ils sont finalement retournés au travail.
« Et ce n'était que le début », a déclaré Daniel Mungai, un consultant à Nairobi. « En novembre, les enseignants des universités publiques ont arrêté de travailler pendant neuf jours. Ce mouvement a été suivi par la grève du personnel de l'hôpital national Kenyatta. Enfin, les employés du service postal ont fait la grève aussi ».
Elections
C'est la grève des médecins en décembre dernier qui a eu le plus d'impact dans le pays. Beaucoup de patients dans les hôpitaux ont dû attendre pendant longtemps pour avoir accès à un traitement médical.
« Les médecins du Kenya sont les pires médecins rémunérés dans toute la région. Nous continuons à percevoir le même salaire que lorsque l'inflation nationale n'était que de 3 %», affirme Ken Ondicho, un pédiatre de Nairobi. « Il n'y a pas d'argent pour offrir les soins nécessaires pour les patients ».
Malgré ces problèmes dans le pays, où plus de la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, les politiciens restent surtout concentrer sur la création de nouveaux partis et sur l'organisation de rassemblements. Cette année 2012, des élections auront lieu dans le pays.
L'apparente indifférence du monde politique aux besoins de la population ne passera pas inaperçu. Les Kenyans veulent un changement politique. Après les résultats électoraux contestés de 2007, onze députés avaient dû remettre leur siège pour cause d'irrégularités. Seuls trois d'entre eux avaient pu regagner leur siège lors des élections partielles. Les autres sièges ont été remportés par de nouvelles personnalités qui incarnent pour les Kenyans un espoir de changement.
Corruption
Le gouvernement est en train de rénover les locaux du Parlement. Un budget de 9,3 millions d'euros a été mis de côté pour réaliser cette rénovation. Le projet devrait être achevé vers la fin du mois de mars.
« Le pire est que la corruption sévit toujours et que l'argent des donateurs est utilisé par les fonctionnaires pour leurs intérêts personnels », explique Mungai. « Les principaux ministères, tels que ceux de l'Eau, de l'Education et de l'Agriculture sont accusés d'abus de fonds publics. »
Les Kenyans ne font pas seulement face au coût élevé de la vie. Dans les bidonvilles de Nairobi comme Kyangombe et Mitumba des milliers de Kenyans sont sans-abri parce qu'ils vivaient sur des terres qui aurait été obtenus illégalement. Le gouvernement y a donc détruit des habitations comme à Syokimau, un quartier dans la périphérie de Nairobi.
Les Kenyans sans-abris se retrouvent finalement dans des camps délabrés où ils doivent faire face à des conflits internes. Ces sans-abris sont essentiellement des victimes de la violence qui a éclaté peu après les élections de 2007 et 2008. D'autres Kenyans ont été chassés en dehors des zones forestières comme Maubos.
Waruhui estime que le gouvernement ne fait que nourrir cette crise imminente. « Les récentes grèves ne représentent que la pointe de l'iceberg. Il existe une menace de troubles, même dans le secteur privé. Les Kenyans estiment que le gouvernement ne cherche pas des solutions pour la population et que les dirigeants politiques ne se préoccupent que de leur réélection ».
(FIN/IPS/2012)


