Le fossé nucléaire se creuse entre le gouvernement japonais et ses citoyens
Selon Yuki Tanabe, expert au Japan Centre for a Sustainable Environment and Society (JACSES), « le Japon stimule ces exportations risquées car elles sont synonymes dopportunités commerciales et dinfluence diplomatique dans les pays émergents ».
Le mois dernier, la commission des Affaires étrangères de la Chambre des Représentants a approuvé des projets de loi visant à autoriser lexportation de centrales nucléaires vers le Vietnam et la Jordanie. Ces exportations constituent une des clauses dun accord bilatéral.
Le Premier ministre japonais, Yoshihiko Noda, a justifié cette décision en déclarant que le Vietnam et la Jordanie « ont cruellement besoin de la technologie de pointe japonaise ». Il a cependant ajouté que le Japon devait aider « à améliorer la sécurité des centrales nucléaires dans ces pays ».
Dautres accords sont sur le point dêtre signés avec dautres pays, dont lInde, le Bangladesh et la Turquie. Ils comprennent la construction de centrales nucléaires, leur exploitation et leur gestion par des entreprises japonaises.
Cependant, les activistes environnementaux japonais ont uni leurs efforts contre ces projets dans une campagne qui a pris de lenvergure à la suite de laccident de Fukushima. Outre les importants risques sanitaires que présente la contamination radioactive, les activistes soulignent que le nucléaire entraîne des coûts exorbitants, un fait tangible au Japon ces derniers mois.
La contamination radioactive qui a suivi la fusion du cur du réacteur à Fukushima a contraint plus de 150.000 personnes résidant aux environs de la centrale à fuir.
En outre, des dizaines de milliers dhectares de terres arables ont été répertoriées comme étant nocives pour la production alimentaire. Les tests effectués ce mois-ci sur leau de mer aux abords de la centrale ont révélé que les ressources marines sont contaminées et ne conviennent donc plus à la consommation.
Des compensations sélevant à plus de 60 milliards de dollars sont aujourdhui réclamées à Tepco, lopérateur privé de la centrale de Fukushima. La société est donc obligée de demander lintervention du financement public.
Ces questions épineuses ont été abordées les 14 et 15 janvier à Yokohama, lors dune conférence antinucléaire organisée par des organisations japonaises et internationales luttant pour un monde sans nucléaire. Des intervenants des quatre coins du globe, notamment de Corée du Sud, du Canada et de lUnion européenne ont exposé les arguments antinucléaires de leur pays respectif.
Praful Bidwai, le célèbre militant indien pour une énergie saine et renouvelable, a souligné, lors dune de ses interventions, que des manifestations régulières des personnes qui vivent à proximité des centrales sont essentielles.
Actuellement, le nucléaire ne fournit que 3 % des besoins indiens en énergie, mais ce chiffre augmentera jusquà 20 % dici 2020 afin de maintenir la croissance économique et de satisfaire les exigences énergétiques.
Selon Bidwai, lInde na pas signé le Traité de non-prolifération et obtient de piètres résultats en matière de sécurité nucléaire. Ainsi, les travailleurs et la population ont été à maintes reprises exposés aux radiations lors daccidents, dincendies, dexplosions et de déversement de matières radioactives dans leau.
En octobre 2011, le Premier ministre Noda et le ministre des Affaires étrangères, Somanahalli Krishna, saccordaient à dire quil était indispensable de reprendre les négociations afin dinstaurer un partenariat entre le Japon et lInde qui encouragerait une énergie nucléaire pacifique.
Les autorités et les représentants commerciaux partisans du nucléaire soutiennent que lexportation doit continuer et montrent du doigt la concurrence sud-coréenne. Néanmoins, Kim Heyung du Mouvement environnemental sud-coréen contre lénergie nucléaire, a expliqué lors de la conférence de Yokohama que laccident de Fukushima avait sensibilisé la population les dangers du nucléaire.
Ainsi, un sondage effectué en octobre a révélé que 68 % des Sud-coréens étaient contre la construction de nouveaux réacteurs, ce qui indique le manque de soutien de la population à la proposition du gouvernement de construire six nouvelles centrales.
La Corée du Sud a signé un nouvel accord dexportation du nucléaire en 2011 avec les Émirats arabes unis et est en concurrence avec la Finlande pour obtenir des commandes. La Mongolie, pays riche en uranium, sest également retrouvée au cur du débat antinucléaire après que les médias ont relayé, en mai dernier, le projet du Japon et des États-Unis de mettre en place un dispositif délimination du combustible usagé dans ce pays.
Selnge Lkhagvajav, membre du parti vert mongolien dont la campagne antinucléaire a porté ses fruits, a déclaré lors de la conférence que son pays ne dispose ni des experts, ni de la technologie ad hoc pour accepter lénergie nucléaire ou ses déchets. « Les pays disposant de lénergie nucléaire voient la Mongolie et ses lois laxistes comme un dépotoir. Nous combattrons de telles idées », a-t-elle confié à lagence IPS.
Le Japon, dont 30 % de lénergie est issue du nucléaire, a promis de mettre en place des mesures rigoureuses afin de relever le niveau de protection dans le cadre d'accidents comme celui de Fukushima. Cependant, Tanabe du JACSES considère de telles mesures comme étant futiles.
Parallèlement, les tests extrêmement stressants pratiqués régulièrement dans les centrales nucléaires ont réduit drastiquement le rendement japonais, ce que les activistes environnementaux considèrent comme une occasion pour le pays de chercher des sources dénergie plus sûres.
(FIN/IPS/2012)


