Ruée sur lapprentissage du chinois au Cameroun
Lorsque le premier institut Confucius dAfrique noire francophone a été créé
à Yaoundé en 2007, lors de la venue du président chinois Hu Jintao au
Cameroun, les candidats ne se bousculaient pas. Destiné à promouvoir la
langue et la culture chinoise et à stimuler la coopération bilatérale, ce
centre culturel «accueillait quelques étudiants de lInstitut des relations
internationales du Cameroun (IRIC), des enfants de cinq à sept ans, et une
poignée dhommes d'affaires", se souvient Pauline Zang Atangana, une
enseignante camerounaise de chinois.
Aujourdhui, la structure a fait des émules : sept pôles ont été créés à
travers le pays, regroupant près de 2.000 étudiants. «Nous sommes
submergés», affirme Zang Atangana. «Aux businessmen, sajoutent des cadres
de l'administration camerounaise et d'autres professionnels du secteur
privé, ainsi que des étudiants issus de diverses universités et les
personnels de santé travaillant avec les équipes médicales chinoises».
Sur les huit professeurs de mandarin de lInstitut Confucius de Yaoundé,
cinq sont originaires de lEmpire du Milieu, alors que trois autres sont des
Camerounais. Première femme enseignante de chinois au Cameroun, Zang
Atangana avait obtenu une bourse du gouvernement de Pékin dès 1998, pour
aller se former en Chine pendant deux ans.
Des bourses au service des intérêts chinois
«Depuis lenfance, je suis fasciné par les bandes dessinées et la culture
orientale, mais je vais surtout m'inscrire à l'Institut Confucius, à la
rentrée prochaine, pour ensuite suivre des études de médecine en Chine»,
confie Maurice Tchouta, un jeune Camerounais. Cette ambition est partagée
par de nombreux autres diplômés.
Chaque année, lEtat chinois octroie un nombre réduit de bourses détudes,
destinées notamment aux élèves du centre culturel et à ceux de lIRIC, dont
plus de la moitié ont choisi le mandarin comme langue étrangère, au
détriment de lallemand, du français, de langlais ou de larabe. Les
boursiers doivent toutefois sengager à retourner au Cameroun après leur
formation - qui varie entre trois et quatre ans - pour être mis à la
disposition de lInstitut Confucius.
Durant lannée académique 2009-2010, la République populaire de Chine a
financé 32 bourses détudes supérieures, dont 10 du niveau baccalauréat et
22 en post universitaire, dans des filières qui concernent de près ou de
loin les intérêts chinois en Afrique centrale, comme la médecine,
lagriculture, le génie électrique, ainsi que les télécommunications et
linformatique.
De fait, l'investissement de plus en plus massif des entreprises chinoises
au Cameroun est un puissant facteur de motivation pour les locaux. «Cette
année encore, les Chinois vont réaliser une dizaine de nouveaux projets au
Cameroun. Pour espérer un contrat de travail avec ces entreprises, il faut
sans doute parler un peu le chinois», affirme Ebénézer Djetabe, fraîchement
diplômé en génie civil.
Djetabe ajoute : «Vu le nombre de chantiers en cours, il est clair qu'il
faudra vite recruter dautres traducteurs. Il s'agit d'une opportunité
d'emploi réelle pour les jeunes». Cet argument est partagé par de nombreux
anciens étudiants de langue chinoise à l'Institut Confucius de Yaoundé.
Désamour du français
Consciente de l'offensive linguistique chinoise, certaines organisations
internationales s'activent pour promouvoir d'autres langues. Par exemple,
l'Organisation internationale de la francophonie (OIF) implante des campus
numériques francophones dans ses Etats membres. «Ces structures visent
l'appropriation, par les étudiants, des technologies de l'information et de
la communication par le biais de formations scientifiques et techniques. Et
servent aussi à assurer la diffusion du français», explique Alexis
Kwontchié, responsable du campus numérique de l'Agence universitaire de la
francophonie de Yaoundé.
Mais Kwontchié reconnaît que beaucoup détudiants non boursiers abandonnent
en cours dannée, faute de moyens : ces formations coûtent plus dun million
de francs CFA [2.100 francs suisses]. Un désamour du français qui trouve
aussi ses racines dans la politique dimmigration choisie de la France, qui
ferme de plus en plus la porte aux étudiants et jeunes diplômés. Ceux-ci se
tournent naturellement vers de nouveaux débouchés, comme la Chine. Selon le
site Internet Sinofrance, plus de 20 millions d'étrangers apprennent
aujourdhui la langue chinoise dans le monde.
*(Mohamadou Houmfa est journaliste à InfoSud, une agence de presse suisse
basée à Genève. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération
entre InfoSud et IPS).
(FIN/InfoSud/IPS/2010)


